« Il est des êtres dont la tension à dire et à se dire sont de chaque instant, tant dans leur œuvre que dans leur présence de corps et de mots. En eux, réside un trouble profond en même temps que des certitudes ; mais sans doute, la première est elle celle du trouble lui même et de son origine.
Ce trouble a chez Geneviève Roubaud une résonance métaphysique. Elle choisit la Bible comme pré-texte pour formuler ses interrogations. C’est en refaisant cette longue marche à travers le désert et ne la décryptant qu’elle a forgé une partie essentielle de son regard sur la monde.
Comme souvent chez les artistes pour lesquels la pensée est fondatrice de l ‘ acte même de peindre, la forme et la couleur sont les paramètres essentiels qui sont utilisés, la matière étant secondaire.
Quand Rembrandt illustre l’histoire du fils prodigue, le spectateur non averti retiendra pourtant l’essentiel du tableau à savoir : l’idée du pardon et de la reconnaissance traduit par un jeu d’ombre et de lumière.
Ainsi, souvent dans ses tableaux, Geneviève Roubaud commente des passages de la bible. Les niveaux de lecture de l’œuvre sont alors multiples : le commentaire, sa vision intérieure et l’écho qui se fait dans les couleurs et formes. Ses meilleurs tableaux seront alors ceux qui seront l’expression directe d’une pulsion intérieure, sans que le brouillage du commentaire ne vienne l’alourdir. Arriver à ce que la couleur soit une autre forme de la pensée ! Peut être, est ce dans la démarche qu’elle entame avec les bois récupérés où l’aspect narratif est rendu plus difficile, que s’ouvre une voie très prometteuse ?
L’œuvre de Geneviève Roubaud répond à une nécessité intérieure évidente et la rencontre avec l’artiste en est la confirmation. »
Olivier de Sagazan – Les Cahiers du Rayon vert n°6 – Mai 2000