Sur un fond mouvant et profond, surgissent les figures fabuleuses de Geneviève Roubaud, êtres durs et intemporels. Sa peinture, viscérale et habitée, s’empare du monde avec la violence du vivant et du mortel mêlés. Son territoire est celui de l’humain universel, arraché à la passivité. Elle capte des forces brutes, déchire les codes de l’art, agit en créant sans relâche. Sous l’éclat poétique, chaque œuvre apaise et blesse à la fois, portée par une énergie incantatoire. Sa peinture est rituel d’apparition contre la disparition, affrontement du sensible archaïque. Elle s’arrache aux lourdeurs esthétiques comme à celles de la vie.
Ancienne infirmière, elle creuse la peinture comme on creuse une tombe divine pour dire la vie possible. Animée d’étrangeté, elle refuse les repères rassurants et explore un territoire hors-sens. Réaliste des profondeurs, elle affronte ses obsessions et révèle la part cachée du monde, l’envers du corps-univers. Dans ses œuvres, les beautés mortelles des ombres surgissent. Son art, aérien et charnel, défie les cultures figées et ranime les forces souterraines de l’humain.
Le corps, chez elle, est espace vivant, désenfoui, antérieur à toute nudité. Elle cherche l’émotion primitive plutôt que la jouissance intellectuelle. Tout devient métamorphose et passage. L’art y est un espace ouvert, un monde en creux d’où naît une pensée neuve. Ses personnages, aux yeux d’au-delà, incarnent la survie. Ses couleurs, tendues et lumineuses, portent les multiples étages du réel. En plongeant dans les profondeurs charnelles et en s’élevant vers l’extrême, Geneviève Roubaud invente sans cesse une peinture de vie, miroir d’humanité et d’énergie vitale.
Christian Noorbergen – oct 2025
« Un jour j’ai cherché un pinceau, instrument nouveau pour moi, qui viendrait voir et dire ce que j’avais vu et compris de la vie. J’ai commencé à peindre en 1990. Je suis entrée en peinture seule, sans école, sans rien que ce que me dictait le fond de mon être acculé si longtemps aux souffrances, au voyage intérieur, et à mes écrits tous restés en suspens jusqu’alors. Et depuis que je peins, j’écris. Le graphisme est cursif à mes dessins comme les lettres et les phrases. »
Genevève Roubaud
Geneviève Roubaud s’est résolument affranchie de toutes contraintes ou « barrières » de style, pour libérer un impérieux flot intérieur et provoquer un total embrasement des mots, des signes, des couleurs et des formes. Le propos est multiple et appréhende le monde par tous les moyens et dans toutes ses dimensions. De la spontanéité naïve d’Aloïse ou Chaissac à la rigueur savante de Matisse, toutes les voies sont permises… une belle leçon de liberté.
Pierre Souchaud